On écrit, dit-on, pour se confier. Sylvain Coutard écrit pour se décrire, ce qu'il juge nettement plus honnête.
Vingt-sept ans, né à Angers, une adresse qui n'a jamais tenu bien longtemps : l'itinérance affleure dans ses textes sans jamais s'y nommer, une inquiétude que la forme met au carré.
Il travaille la nuit, quand le silence cesse de mentir. Sa poésie compte ses vers, s'impose ses contraintes, glisse un holorime là où on ne l'attend pas, et fait rire pour mieux toucher : la famille d'Allais, de Vian, de Desproges et de Devos, augmentée du souffle du rap. Pianiste, il a appris le rythme au clavier avant de le transposer dans l'agencement des mots.
Paradis Essensoriels, son premier recueil, tient tout son programme dans son titre : les paradis artificiels, l'essence, le sensoriel, trois couches sous deux mots. Un nouveau recueil suit, Charon était un chauffeur Uber.
La musique n'est pas un décor posé à côté du texte : elle est dans le texte. Vers comptés, contraintes empruntées à l'Oulipo, holorimes, formes fixes retournées, la métrique tient l'architecture avant que le sens ne s'installe.
Le piano, appris avant l'écriture, vient parfois l'incarner sur scène. Un multiplicateur, jamais une béquille : le livre tient seul, la scène le prolonge.
Ceux qui font rire et qui font mal en même temps, et le souffle du rap pour la scansion.
Le poème ne reste pas sur la page. Seul au piano, le texte et la musique tenus par la même main, Sylvain le porte à voix haute. La lecture devient performance, le vers un souffle, la contrainte une partition.
Une forme qui se joue autant qu'elle se lit.
« C'est beaucoup plus facile de décrire un propos de soi que de parler de soi. »Sylvain Coutard